Un autre bateau ivre ...

Tu disais : « Ce dont tout le monde a le plus besoin, c'est ce dont tout le monde ne sait pas à quoi s'attendre.»
J’ai pensé à ces calculs du mental qui ne font pas le prévisible, qu’il y a tant de bases ! Avec ces mots, je te vois dessiner le plan cosmique, tout est déjà calculé, et  pourtant nous faisons notre chemin.

Nous ne pouvons faire que notre chemin.

Oui, pourtant, il y a quelque chose que semble nous apporter notre limitation…
Car si non, ce serait quoi cet imprévisible ?

Forcément, oui, tout est limité, tout se passe toujours en quatre murs. Les océans et les déserts sont limités, les contours de la planète, un grain de sable. Ce sont précisément les limites d'une chose qui permettent de la voir, de la définir, de la localiser.

Oui, je voyais la lumière dans ces mots : "Ce dont tout le monde a le plus besoin, c'est ce dont tout le monde ne sait pas à quoi s'attendre."
Je voyais ce plan où tout est calculé, là où l'on ne peut que faire son chemin, et puis, notre limitation qui pourtant nous autorise à regarder par le trou de la serrure.
Je voyais toutes ces bases, multiples, que le plus doué d'entre nous, ne saurait en percevoir qu'une toute petite quantité, et ...là, dans tous ces possibles, comme un choix, comme une liberté, compris dans un vaste plan.

La plus grande des libertés.

Qu'est-ce qui fait cette liberté ?

Ce n'est pas une affaire de limites, j'ai beau avoir tout l'océan pour me déplacer, chaque coup de rame est folie si je ne sais où je vais, si je ne sais où je veux aller, si je ne sais où les vents veulent que j'aille, etc.
La liberté n'existe qu'au sein de la conscience, je ne suis libre que dans la mesure de ma conscience, parce que la conscience répond à toutes mes questions, celles que je pose et celles que je ne sais pas qu'elles m'habitent.

Oui. Tu sais, la conscience pourrait bien être encore confondue, avec les certitudes.

Personne ne sait de quoi je parle quand je parle de conscience. Ça je le sais parce que c'est mon quotidien.

Qu'est-ce la conscience, pour toi ?

La conscience représente toute la chance qui nous est offerte de percevoir la musique qui s'adresse à nous en chaque instant, celle qui porte tous les messages qui nous sont utiles dans chaque instant. Chaque être est comme sur un radeau dans la tempête de la vie, coupé de presque tout. Il rame autant qu'il peut pour sauver l'illusion qu'il reste maître de sa destinée, alors qu'en vérité, il ne sait pas qui il est, ni ce qu'il fait là, ni comment il y est venu, ni quel est cet esquif sur lequel il se bat, ni ce qu'il est censé faire.
Pourtant, des tas de choses arrivent jusqu'à ses sens qui répondent à ses questions. Les éléments et tout ce qui vit dans l'eau et les airs, toutes sortes de choses viennent lui parler, lui indiquer sa route et comment il doit composer avec tout ce qu'il rencontre.
La conscience est ce jeu d'échanges qui nous permet de converser avec ces messagers et traduire leurs paroles.

Oui, rien à voir avec, les certitudes, le conformisme, ni la folie, qui troublent au contraire la conscience.
Alors la liberté, ce n'est pas "de savoir", mais écouter...

Oui, il n'y a rien à savoir. Chaque seconde consacrée à retenir un savoir est une seconde précieuse perdue pour l'exercice de la conscience, ou autrement dit, l'exercice de la vie.

Comme on arrête d'échanger dès que l'on a quelque chose à défendre, et "ta vérité", est bien de ce niveau là.
Là encore, le sens commun entend ce mot, de manière troublée, comme l’affirmation d’une opinion.

Ce que je vois ne correspond à rien de ce que les autres voient, comme deux mondes distants et étrangers.

Que disent ces mots, Ron : « Ce dont tout le monde a le plus besoin, c'est ce dont tout le monde ne sait pas à quoi s'attendre. » ? Je les ai sentis vibrer, mais je n’ai pas compris le message qu’ils contiennent.

Tu arrives dans une fête, tout le monde s'amuse et pense que c'est un moment extraordinaire.
Toi tu sais qu'un incendie a commencé dans la cave, tu essaies de leur dire, mais comme ils ne veulent absolument pas que leur fête soit perturbée, ils te traitent de menteur et de fou en te  foutant dehors.
Ce que tout le monde ne veut pas savoir, ne veut pas entendre, c'est la vérité qui perturbe la fête.

Calcul mentalitesque (2)


Tu disais "presque tout est calculé... tout n'est pas calculable parce qu'il manque des informations". Qu'elles sont ces informations qui manquent ? D’où viennent-elles ?

Lorsque tu regardes une photo, quelles sont les informations qui manquent ?
Des milliards.

Le mental n'est pas l'esprit, l'esprit est devant une photo, mais le mental, ce mode de fonctionnement qui concerne tous les cerveaux ?

Le mental est saturé d'informations, aussi il est obligé d'en écarter, car il ne peut pas tout traiter.
Ainsi comment notre mental traiterait toutes les informations qui circulent entre tous les "mentals" qui ne sont pas lui ?

Je pensais, qu'au niveau de ce mode de fonctionnement, cette question de "mon mental", "ton mental" n'existait pas.

Mon mental existe à l'intérieur de mon cerveau, comme tout noyau de cellule existe au sein de toute cellule.

Lorsque nous disons le noyau au sein de la cellule, c'est une réduction, je veux dire que cela est nécessaire pour une certaine représentation, mais ...

Si la communication existe, c'est parce que les cellules ont besoin de ce lien. Si le lien est, c'est que la distance est.
C'est quand la communication est que la distance est dépassée.
 Chaque être vivant a une personnalité, un esprit et un mental. On peut dire la même chose de l'univers tout entier et de l'ensemble des mondes qui contiennent des univers.

Ce que tu dis, c'est que le mental est soumis, lui aussi, à une limitation et que chaque être vivant, quelque soit le nombre de connexions qui le font, quelque soit le niveau où on le regarde, est une limitation.

Oui.

Ce qui veut dire... qu'il n'existe rien qui ne soit pas limité.

Oui.

Alors le tout n'existe pas, pour qu'il existe il faudrait qu'il puisse être, inchangeable, donc isolé.

Si toute partie, aussi petite soit-elle, aussi éloignée soit-elle, est capable de converser avec toute partie aussi éloignée d'elle soit-elle, et si ces parties sont capables de converser avec n'importe quelle autre partie, cela constitue un réseau.
Un réseau peut être considéré comme un tout, même si ce réseau est observé en état de conversation avec un autre réseau. Cela signifie qu'un tout n'est pas seulement un tout.
Une cellule est un tout, un organe est un tout, un organisme est le tout qui contient tous les organes, la planète est un tout qui contient tous les êtres vivants qui lui appartiennent, un ensemble de planètes est un tout lorsqu'elles gravitent autour de la même étoile, et un ensemble de systèmes est encore un tout au sein d'un autre tout, et cela à l'infini.

Sans quoi tout s'étalerait, se mélangerait...

Oui, et ce serait le chaos. Mais le chaos n'existe pas, tout est en ordre, grâce à l'énergie.

Calcul "mentalitesque" ... à suivre

Il y a des personne  qui aiment et comprennent les équations mathématiques, certaines disent qu’avec les maths elles touchent quelque chose ...
Einstein, par exemple, jonglait avec les équations.

Et ?

Si cela est vrai, c'est peut être après dans l'interprétation que ça tombe à l'eau.
Mon esprit ne comprend pas grand-chose aux chiffres, aux équations, les maths est-ce un langage interne au cerveau humain ou un langage qui puisse être d'un dialogue avec le monde ?

Les math sont forcément un langage, puisque l'homme a créé ce langage pour les mêmes raisons que les autres.
Un langage interne au cerveau ? Tu veux dire quoi ? Une chose est interne lorsqu'elle est intégrée. Mais les maths ne sont pas qu'un langage. Je veux dire qu'ils peuvent être utilisés mieux qu'aucun autre outil à former le cerveau à travailler. Cependant, comme pour tout outil, ce qui est important n'est pas dans ce que l'on veut en faire, mais qui veut en faire quoi.
Un dialogue avec le monde ? La nature ?
Tous les animaux ont un peu de notions en math mais ils ne se servent pas beaucoup de ces notions pour communiquer avec la nature. D’autres outils sont faits pour cela et son plus facile d'usage, plus rapide aussi.

Le cerveau est à la base un calculateur, donc nous avons tous un cerveau qui se nomme Einstein. Mais Einstein lui-même savait qu'au delà de ce cerveau qu'il nommait "Einstein", il y en avait d'autres encore qu'il connaissait bien peu, qu'il ne savait que très mal utiliser et ces calculateurs là, ces autres "Einstein", le passionnaient bien davantage, il savait ne pas avoir de maîtrise sur eux, mais il sentait bien leurs présences.

Je me disais que ce langage des maths, sans les mots, sans l'affect, d'un tel niveau de rigueur, entre en résonnance, ou même, est l'écho d'un niveau de résonnance du monde.

Il y a peu de différences entre les mots et les chiffres, d'ailleurs les mots tels que je les utilise, sont encore des chiffres.
Un langage composé de mots est moins rigoureux dans sa cohérence.
Les chiffres eux, ne laissent que peu de place à l'incohérence, mais leur objectif est le même, donner une forme à ce qui n'en a pas.
Nos calculateurs, je veux parler de nos couches mentales, n'utilisent pour leurs calculs, ni mots ni chiffres.

Ni mots, ni chiffre, et ça calcule ! Déjà il faudrait que tu dises ce que tu entends avec ce mot "calculer".

C'est très simple, c'est comme un sudoku.
Calculer, c'est trouver des informations qui n'apparaissent pas avec des informations offertes ou apparentes.
On ne peut faire aucun calcul si aucune information n'est offerte. Mais comme tout être vivant est muni de sens, cela implique ce qu'il peut faire avec ses sens, collecter des informations.
Cependant, comme les sens de tout organisme sont limités, la nature a muni tous les organismes de calculateurs plus ou moins puissants. Avec ces calculateurs, l'organisme parvient à mettre à jour des informations plus ou moins vitales à partir des informations offertes qu'il a su collecter.

Tout ce calcul qui fonde le vivant, échappe à nos esprits, c'est à cela que tu t'appliques à être conscient.

Oui, lorsque tu imagines que tes calculateurs, lorsque tu as atteint un âge entre 16 et 25 ans, ont suffisamment collecté et stocké d'informations pour calculer presque tout ce qui va t'arriver dans ta vie, c'est tout simplement extraordinaire.

C'est la loi de causes à effets.

Oui.

Ce calcul, cela fait un destin, avec des rencontres, des événements, des circonstances ?

Oui.

L'esprit peut-il connaître ce destin ?

Non, il ne peut qu'en saisir des bribes.

Oui, c'est deux mondes qui ne sont pas séparés, mais qui ne peuvent pas échanger grand chose, inconscient et conscience.

Oui.

Le "temps de la parole"


Chaque fois que tu parles, tu défends une position.
Impossible de parler sans le faire. L’important c'est que la position n'existe que dans le temps de la parole.
Respirer, c'est encore défendre une position.

C’est une façon d’envisager la parole, celle qui se prend face aux autres.

Non, chacun de tes mots est position, chacun des miens aussi.
Ne pas défendre, c'est se taire, c'est ne pas rendre les coups.

Agents de construction...

Pourquoi, dis-tu, que tu es un virus ?

Tu ne comprends peut-être pas ce que c'est qu'un virus ?
Les virus, tous les virus, et les bactéries aussi, sont des anges.
Ce sont eux les premiers agents de toutes les évolutions, sans eux rien ne peut survivre.

Des éléments qui participent, rien de plus, rien de moins.


C'est plus que de la participation. Ils sont les chefs de chantier et reçoivent leurs ordres directement de la mère nature.


Des intermédiaires parce que les autres ne peuvent pas entendre mère nature ?

Si tu veux, mais ce mot ne convient pas, il minimise leur fonction.
Ils ne sont pas des intermédiaires dans le sens que tu dis, ils ne sont pas là pour retransmettre des messages, ils sont agents de construction, comme des maçons.
J’ai dit virus comme j'aurai dit grain de sable.
Un virus informatique mets la machine en panne, un virus biologique fait de même avec le corps.
Un virus n'a pas besoin qu'on l'écoute, ou qu'on l'aime.
Il n'en a rien à faire de ce qu'on pense de lui, il agit pour que les rouages se grippent, il n'a pas de rapport avec les entités pensantes.

Absolu et relatif...

L’absolu ne peut pas être connu, et pourtant c'est ce que nous sommes…

Mais c'est quoi, l'absolu ?

Ce qui n'est pas relatif, ce qui n'est pas né, ce qui ne change jamais.

Que veux-tu dire par relatif ? Invariable et sans relation ?

Relatif… ce qui change, ce qui ne dure pas, ce qui dépend d'une action, d'une circonstance.

Je crois que tout change, rien ne dure et rien ne dépend pas d'une autre chose.
Alors, je ne sais pas bien de quoi nous parlons.

Tout change, tout est éphémère, et cela est le rêve.
Mais pas de rêve sans un absolu qui précède, l'absolue non-dualité.

La non dualité est un concept, reflet dans le miroir de la dualité. L’absolu est un concept, une projection de notre pensée duale.

Ah, quand on en parle bien sûr !

Si quelque chose est, qui soit si différent de ce que nous connaissons, alors nous ne pouvons pas y penser.
Si quelque chose d'autre existe au-delà de tout le monde apparent, quelque chose que nous ne pouvons pas voir, que nous ne pouvons pas toucher, et bien lorsque nous y pensons, lorsque nous essayons de l'imaginer, ce ne peut être cela.

Oui, nous ne pouvons pas tout ce que tu viens dire, pas même en faire l'expérience, et pourtant nous sommes cela.

Non, nous ne sommes pas cela, nous sommes "de" cela, cela fait une grosse différence.

Il n'y a pas "de" cela, nous sommes cela, je crois, cela n'est pas divisible, ce n'est pas divisé.

Oui tu crois, et moi je ne crois pas. La division est un concept.

Au-delà de tout concept.

Le monde peut sembler diviser, mais ne pas l'être, comme il peut sembler uni comme un bloc, mais ne pas l'être.
Parce que le monde est tout à la fois, il échappe ainsi à toute pensée qui voudrait le saisir.

Oui.

Il est absolument divisé, il est absolument séparé, comme il est absolument fait d'un bloc. Il est relatif et absolu dans le même micro espace dans le même micro temps.

Oui, pourtant nous ne faisons  l'expérience que du relatif, et du séparé.

Non, mais c'est ce qu'il en reste en notre esprit. Il ne s'intéresse pas au non-relatif, par conséquent, il n'en a aucun souvenir. Il ne peut en avoir aucun.

C'est cela pour moi l'expérience.

Pas pour moi, cela est seulement un côté de l'expérience celui que je dois savoir utiliser. Le reste ne concerne pas ce "moi", il me concerne dans la nature de ce moi qui n'est pas.
Une face de l'expérience s'adresse à une face de ce que j'appelle moi, une autre face s'adresse à ce que dans ma folie je crois être moi.
C’est pour cette raison que lorsque j'emploie ce mot "moi", parfois je sais de quoi je parle, parfois je ne peux pas le savoir.

Oui, "ma folie" c'est comme " tu es Cela" que tu ne connais pas, c'est ce que tu appelles, l'autre face de l'expérience.

Oui.

La folie  est inévitable, puisque le monde se réalise aussi dans le rêve.

Oui.

Dans le rêve quelque chose cherche à connaître, à se connaitre, c'est idiot et inévitable.

(Sourire), j'arrive souvent à l'éviter.

Oui, quand tu vois que cela est rêve, tu deviens le témoin du rêve, c'est réaliser quelque chose de l'autre partie de l'expérience, celle qui est silencieuse.









Nous faisons du rêve en permanence...

Je dis que la même dérive mentale a fait de notre espèce ce qu'elle est dans ses différences fondamentales mentales.
C’est ce qu'on appelle communément une maladie mentale qui est aussi la base de notre fonctionnement.
La schizophrénie et la paranoïa sont les structures naturelles de notre esprit, chaque opération mentale humaine est rendue possible par cette déformation et cette faculté du dédoublement.


Ainsi, nous avons construit un environnement pour protéger nos rêves et cette construction complexe faite de morale, de pseudo sciences, de pseudo raison, etc., est le monde confiné que nous avons dressé afin de protéger l'univers mental fait comme un jeu de miroir où les "je" multiples se confondent et se perdent.
Le Tonal a inventé le Nagual, nous faisons du rêve en permanence, ça ce n'est pas anormal, mais ce qui l'est, c'est que nous appelons nos rêves la "réalité".

Tu parles de Tonal et de Nagal, je ne sais pas bien ce que ces mots veulent dire.

Le Tonal, dans la tradition des indiens du Mexique (mais on peut considérer que dans toutes les traditions il en est de même, seul le terme change), désigne tout ce qui est à la portée de la pensée.
Le Nagual désigne donc ce qui ne serait pas à la portée de la pensée.
Chez nous, en France, on peut assimiler cela à l'abstrait, l'irrationnel, le mystère insondable, etc.

Mais ce que je dis, c'est que tout ce qu'on l'on peut classer dans la colonne du mystérieux insondable est encore une production du Tonal, c’est l'esprit "rationnel" qui invente l'esprit irrationnel.
Autrement dit, je dis que le Nagual, tel qu'il est défini n'existe pas, excepté dans l'imaginaire de l'être humain.