La relation (2)


Pourquoi parles-tu de cercle fermé ?

Ce qui est fermé, c'est l'illusion.
L'illusion que consiste le fait de croire que la condition la meilleure d'une rencontre se produit les yeux dans les yeux.


C’est étonnant cette histoire d'entité séparée, alors que le vivant est interaction…

Il ne s'agit pas de séparation, interaction est ce qui se passe. Mais pour interagir, tu n'as pas besoin de l'autre, tout se fait dans ta tête.

C’est bien ce besoin de l'autre qui fait la relation d'aide en des rôles cristallisés, oui.

Je ne parle pas de besoin au sens propre, c'est comme si je disais, pour enfoncer un clou, je peux le faire sans marteau.


Tu enfonces un clou sans marteau ?

Oui, avec n'importe quoi ou même sans n'importe quoi puisque la partie riche de l'expérience ne se produit que dans mon imaginaire.
Si j'imagine une planche, puis un clou, puis que j'imagine enfoncer ce clou avec la paume de ma main, la richesse de l'expérience est atteinte et même dépassée par rapport à une expérience plus formelle.
C’est comme lorsque tu lis un poème ou regarde un film.
N’oublies pas que l'immense partie de ce que nous réalisons se fait par le biais des rêves et non dans ce que nous vivons dans la journée.


Ce que tu dis là… c'est chacun dans sa tête, voilà où se passe la vie, et c'est vrai ! Mais il me semble bien qu'il y a un autre niveau qui n'est pas de l'enfermement en son esprit.

L’enfermement ne se fait pas dans son propre esprit, ou alors tu parles d'autre chose que moi.
L’enfermement se produit surtout dans la relation d'un esprit à l'autre, d'ailleurs chacune de ces relations aboutit généralement au conflit et la guerre.
La relation sérieuse ne se fait pas d'esprit à esprit, elle se fait dans ton esprit.
C’est bien parce que ce que nous croyons, ou espérons, instaurer le "paradis" entre deux esprits que nous ne comprenons rien à ce que nous vivons.
Le paradis ne peut pas être instauré au sein de la relation entre deux esprits.
Il ne peut s'instaurer que lorsque deux esprits regardent ailleurs.

Mais qui ignore, encore, que la relation est du corps ?
Mon regard se pose là à quelques encablures, sans rien accrocher, et alors il est autant du dedans que du dehors et tout est là.