Dans la nature, toute relation participe d'une entraide, non ?
Oui, l'empathie est naturelle. Donc l'élan de faire quelque chose pour celui qui en a besoin est naturel.
Mais l'entraide est autre chose en fait, elle suppose la réciprocité, comme dans un contrat.
Alors, la vie est un contrat.
C'est pourquoi je te disais qu'elle n'est pas générosité, mais investissement.
Ce n'est pas de ça dont je veux parler, pas de ce niveau des marchandages rendus nécessaires par la vie en société, mais de la vie, de la nature.
Alors tu ne veux pas parler de l'entraide.
Pourquoi ? Je m'en fous de ce mot, on peut en prendre un autre.
Parce que le don dans la réciprocité est toujours une forme de marchandage.
Vois-tu, si quand tu donnes tu espères une forme de …, je cherche le mot…
Évidemment !
Non ce n'est pas si évident, écoute.
On ne peut pas parler de don, dans l'attente !
Les personnes les plus généreuses sont capables de te dire qu'elles n'attendent rien en retour, mais cela est faux. La vérité est qu'en fait elles n'attendent rien en retour de la part de l'autre, parce que le sentiment que procure leur sacrifice suffit à les payer.
Je suis d'accord avec tout ça, et ce n’est pas ce niveau psychoaffectif dont je voulais parler.
Bon, de quoi veux-tu parler alors, parce que dans la nature, ou en société, c'est la même chose. Lorsqu’on partage son pain ou sa misère, on reçoit en retour dans tous les cas.
Dis-moi de quoi tu veux parler, précisément.
Il y a le niveau des lois de la nature, et n'appelons pas ça "entraide" ce mot est trop humain, mais... je ne trouve pas de mot pour désigner cela : ce que l'un fait, et toujours fait à l'autre, pour soi.
Il n’y a rien de séparer, pas de rôles cristallisés qui fassent les aidants et les aidés à vie.
Comme il disait, ce que tu fais à l'autre, c'est à toi que tu le fais.
Oui, et j'aimerai regarder avec toi, comment la société a perverti cela, en faisant des médecins, des thérapeutes, des curés, etc.
La société n'a pas perverti l'action elle-même, elle a juste faussé le sens qu'on est capable de lui donner, mais le système humain repose sur une loi naturelle. Je veux dire qu'elle a fait croire que la générosité existait.
Cristalliser des rôles, ce n’est pas naturel, ça ! Et cela a des conséquences.
Les rôles existent dans la nature, moins cristallisés c'est vrai, mais ça ne change pas grand-chose.
Naturellement les rôles sont de l'instant, de la nécessité, il n'appartient pas à certains de les endosser à vie, et ça change tout.
Je répète, ce qui change tout, n'est pas que les rôles soient cristallisés, mais ce que l'on croit comprendre de ces rôles.
Alors nous ne sommes pas d'accord !
Pour toi, c'est bien qu'il y ait des médecins, des thérapeutes, etc., c'est naturel.
Ben non. Mais si tu changes le sens de ce que l'on croit comprendre, les médecins disparaissent, alors que si tu fais tuer tous les médecins et tous les curés, tu ne changes rien fondamentalement.
Ha…, Oui.
Bien.
Les actions que nous faisons pour aider autrui sont dictées par les lois naturelles, c'est le moyen que la nature nous a donné pour que nous nous aidions nous-mêmes réellement. Parce que lorsque nous nous aidons nous-mêmes, nous remplissons notre contrat convenu avec l'ordre naturel, contrat défini et ratifié par la somme des éléments qui ont fait de nous un être vivant.
Par conséquent, la générosité n'existe pas, même lorsqu'on est certain de n'avoir rien attendu de l'autre, puisque c'est le fait même d'avoir donner qui nous rend plus riche.
Je te disais au début que je ne m'inscrivais pas dans cette condition d'entraide parce que l'autre ne peut rien faire et je n'ai pas besoin qu'il fasse puisque je fonctionne en cercle fermé, la différence est donc là.
Je sais utiliser mes propres actions soi-disant faites pour l'autre à mon propre bénéfice.
Le don véritable alors, ne peut pas concerner l'échange qui se fait avec les êtres vivants.
Le don véritable ne concerne pas autrui, ni n'importe quel autrui vivant, le don véritable est le don de la conscience que l'on fait au monde dans l'unique condition de notre conscience de ce don. Je veux dire qu’avec l'intention du monde, on ne donne (ou plus exactement, on ne rend) que dans la marge de notre conscience. C'est ce que je voulais dire lorsque je parlais de réalisation de la vie.
Réaliser sa vie, c'est restituer de manière lucide un potentiel de conscience.
Si cette lucidité n'est atteinte, peu de conscience sera restituée, c'est l'acte de liberté suprême que le monde a offert aux être vivants.
1 commentaires:
"Don de la conscience". Sincèrement magnifique. Je vais relire cet echange plus tard. Mias oui c'est cela le don de la conscience, c'est cela la plus grande "aide" qu'on puisse avoir pour soi et les autres. Merci
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